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TERRE MOINS CHERE (LA)

de FATMI Mounir

MAROC, FRANCE, 2004, 00:09:59

Production : FATMI Mounir
Genre : Art vidéo
Mots-clés : Allégorie, Politique, Société

Résumé :
L’image est un peu floue, filmée de très loin, comme par effraction. Des touristes s’ennuient autour de la piscine d’un grand hôtel, de ces « hôtels-clubs » qui fleurissent partout au Maroc, dans les pays arabes, mais aussi dans tous les pays du tiers-monde où européens et américains, attirés par des promesses de soleil, de rencontres et de farniente pour pas cher, affluent en masse.

Cela commence par une accroche en grosses lettres sur la vitrine d’une agence de tourisme parisienne : « La terre moins chère », par ce décor kitsch de « souvenirs de vacances », bocaux remplis de sables de toutes les plages du monde, étiquettés des noms des pays où chaque sable a été récolté.
« La terre moins chère » : les chiffres de l’Organisation Mondiale du Tourisme dévoilent que, malgré la crainte du terrorisme, aiguisée depuis les attentats en Egypte et le 11 Septembre, les catastrophes naturelles et les alertes sanitaires, le tourisme de masse notamment vers l’Afrique du Nord , ne cesse de progresser. C’est que pour remplir les hôtels vidés par la peur de ne pas en revenir, les prix des voyages se sont effondrés, ouvrant à ceux à qui cela était inaccessible un espace de consommation nouveau. Cet homme nageant dans cette luxueuse piscine pourrait-il seulement accéder au bar d’un tel hôtel en France ? Ici le touriste veut tout : l’illusion de richesse, de sécurité –ce pour quoi il ne sort pas de l’hôtel-, de folklore, avec une volonté d’insouciance confinant à l’aveuglement.
Ce touriste-là déplace avec lui son pan de monde, son territoire, sans jamais le confronter à la réalité, à l’étrangeté d’un autre monde, n’a que faire de la rencontre des altérités : pas besoin, pas envie, il est là pour se reposer, pour dépenser, pour jouir sans entraves idéologiques de sa liberté, loin des soucis et du sérieux de « son » monde « réel ». Il s’agit, écrit Yves Michaud, d’une « liberté négative où il cherche à se débarasser du quotidien, de la routine, des obligations, sans échapper pour autant, bien au contraire, aux déterminations du plaisir, (…) aux charmes du stéréotype et du cliché. Le touriste réclame l’immunité : il ne devrait être victime ni des voyous, ni des terroristes, pas même des raz-de-marée et des catastrophes naturelles. »*

La terre moins chère pose un regard critique sur les ambiguités de ce tourisme nourri au post-colonialisme. Si d’un côté on vient avec ses devises acheter à bas prix un peu de rêve formaté, de l’autre, l’économie commande de jouer pour le touriste les scènes attendues, non sans un certain cynisme. Du bazar traditionnel déplacé au cœur de l’hôtel à la chanteuse folklorique au buffet exotique du soir, tout est fait pour qu’il amasse ce qu’il faut de lieux communs, et en revienne la tête pleine d’images conçues tout exprès pour ses yeux, sans avoir rien vu.

 « Quand je serai grand je veux être touriste » dit un jeune écolier de Serrekunda en Gambie. Etre touriste, pour Fatou, c’est pouvoir se déplacer sur terre sans visa ni frontières. Telles sont les relations ambigües entre tourisme et immigration : même charters, mêmes destinations, mais dans un tout autre sens. Si pour quelques uns la migration représente un pouvoir sur le temps et l’espace, une liberté de vivre, de travailler, de se distraire, de rêver ailleurs, elle est pour des milliers d’autres un rêve impossible ou un arrachement.

« Ici, personne n’est plus chez lui que vous », tel est le slogan de l’office de tourisme d’Israël…et l’on comprend qu’une telle invitation ne s’adresse pas à tous…pas aux palestiniens. Pour certains peuples, la terre n’a pas de prix.

Entièrement filmée et montée dans un hôtel de Tanger, au Maroc, La terre moins chère a été présentée à la dernière Biennale de Gwangju (Corée), en 2006.

Marie Deparis

 * Yves Michaud, préface au catalogue de l’exposition « L’œil du touriste », Galeries Patricia Dorfmann, Frédéric Giroux et Alain le Gaillard, Commissariat : Jeanne Truong, Paris, 2005

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Langue originale : français
Format d'origine : vidéo
Cadre : 4/3
Chromie : Couleur
Version(s) disponible(s) : Version originale française

Location : 100 euros

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